« Entendre moins bien, est-ce que ça fait perdre la mémoire ? » La question revient souvent. La recherche a beaucoup avancé ces dernières années. Voici ce que l’on sait, sans exagérer ni minimiser.
Un lien bien établi
De nombreuses études observent que les personnes qui ont une perte auditive non corrigée présentent, en moyenne, un déclin cognitif plus rapide que celles qui entendent bien. En 2024, une commission d’experts internationale publiée dans la revue The Lancet a recensé 14 facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir. Ensemble, ils pourraient expliquer environ 45 % des cas. La perte auditive y figure parmi les plus importants, avec environ 7 % des cas.
C’est un facteur de risque, pas une cause certaine. Une perte auditive ne conduit pas forcément à des troubles de la mémoire, et beaucoup de personnes malentendantes n’en développeront jamais.
Plusieurs explications possibles
Les chercheurs avancent plusieurs pistes, qui ne s’excluent pas :
- la charge d’écoute : quand on entend mal, le cerveau mobilise beaucoup d’énergie pour décoder la parole, au détriment d’autres tâches comme la mémorisation ;
- l’isolement : on finit par éviter les repas de famille, les réunions, le téléphone, et on se prive de stimulations sociales et intellectuelles ;
- la moindre stimulation auditive du cerveau sur de longues périodes.
Ce que montre l’essai ACHIEVE
Pour savoir si corriger l’audition change quelque chose, il faut un essai contrôlé. L’étude ACHIEVE, publiée en 2023, a suivi 977 personnes de 70 à 84 ans pendant trois ans. Une partie était appareillée et accompagnée, l’autre recevait un programme d’éducation à la santé.
Sur l’ensemble des participants, l’appareillage n’a pas ralenti le déclin cognitif de façon mesurable. En revanche, dans le groupe le plus à risque (des personnes plus âgées et présentant davantage de facteurs de risque), le déclin a été sensiblement plus lent chez celles qui avaient été appareillées. Ces résultats encourageants demandent à être confirmés.
Ce qu’il faut en retenir
- Un appareil auditif n’est pas un traitement de la maladie d’Alzheimer ni une garantie contre la démence.
- Bien entendre reste un moyen de rester actif, de continuer à échanger et de moins se fatiguer dans les conversations. Ce sont des éléments favorables à la santé du cerveau.
- Il n’y a aucun avantage à attendre : plus une perte auditive est corrigée tôt, plus l’adaptation aux appareils est facile.
Surveiller son audition
Un bilan auditif régulier est recommandé à partir de 60 ans, et plus tôt si l’entourage remarque que vous faites répéter, que vous montez le son de la télévision ou que vous suivez mal les conversations en groupe. Au laboratoire, ce bilan est gratuit.
Questions fréquentes
Porter un appareil auditif protège-t-il de la démence ?
Aucune étude ne permet de l’affirmer. On sait que la perte auditive est un facteur de risque, et l’essai ACHIEVE suggère un bénéfice chez les personnes les plus à risque, sans le démontrer pour tout le monde.
Mon proche a des troubles de la mémoire : faut-il vérifier son audition ?
Oui. Une perte auditive peut accentuer les difficultés de compréhension et faire paraître les troubles plus marqués qu’ils ne le sont. Un bilan auditif fait partie des vérifications utiles.
À partir de quel âge faire un bilan auditif ?
Un contrôle régulier est conseillé dès 60 ans, et à tout âge en cas de gêne dans les conversations.
Pour aller plus loin
- Presbyacousie : l’audition qui baisse avec l’âge
- Les premiers signes d’une baisse d’audition
- Les appareils auditifs
L’Audition des Maisonnais — 26 avenue de la République, 94700 Maisons-Alfort — 01 43 53 26 87 — audition.maisonnais@gmail.com
Sources : Livingston G. et al., « Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission », The Lancet, 2024 ; Lin F.R. et al., « Hearing intervention versus health education control to reduce cognitive decline in older adults with hearing loss (ACHIEVE) », The Lancet, 2023.